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Éditeur qui arrête de maintenir votre version de logiciel : ce que la migration imposée vous coûte vraiment

Votre logiciel marche très bien, mais son éditeur annonce qu'il arrête de maintenir votre version. Les cinq postes pour chiffrer la migration qu'on vous impose, la ligne que le devis oublie, et la clause à lire avant de signer.

Publié le 11 octobre 2026


« Il marche très bien, ce logiciel. Pourquoi est-ce que je devrais en changer ? »

La question vient du dirigeant d'un transporteur de la région lyonnaise, trente-cinq personnes et quinze camions, un cas type et pas un client. Depuis neuf ans, ses tournées, ses bons de livraison et sa facturation passent par le même logiciel, installé sur un ordinateur dédié au fond du bureau, ce qu'on appelle un serveur. Il l'a acheté une fois, il paie chaque année un contrat de maintenance, et l'équipe le connaît par cœur. Puis en septembre arrive un courrier de l'éditeur, c'est-à-dire l'entreprise qui fabrique ce logiciel : la version qu'il utilise ne sera plus maintenue à partir du 30 juin suivant.

Rien ne casse ce jour-là, et c'est ce qui rend le sujet piégeux. Un éditeur qui arrête de maintenir votre version de logiciel ne vous retire rien : il vous annonce une date à partir de laquelle il ne corrigera plus rien. Pour continuer, il faut passer à sa nouvelle version, à son prix et à sa date. Voici les cinq postes qui permettent de chiffrer cette migration avant de la subir, et la clause qui évite de la subir la fois suivante.

Ce que veut dire « fin de maintenance », en clair

Commençons par le courrier lui-même, parce qu'il est écrit dans une langue qui n'est pas celle d'un dirigeant. Un éditeur annonce rarement une seule date. Il en annonce trois, et elles ne disent pas du tout la même chose.

  • La fin de commercialisation : l'éditeur ne vend plus cette version à de nouveaux clients. Pour vous qui l'avez déjà, rien ne bouge.
  • La fin de maintenance : il ne fait plus évoluer cette version. Il ne l'adapte plus aux changements de loi ou de format, il corrige seulement les erreurs graves.
  • La fin de support : plus rien du tout. Aucun correctif, aucune mise à jour de sécurité, personne au bout de l'assistance téléphonique. Le logiciel tourne encore, mais plus personne ne répond de lui.
Les trois dates d'un courrier de fin de vie, et la fenêtre qu'elles laissent pour migrer.

Le schéma met les trois dates bout à bout. Entre la première et la dernière, il s'écoule souvent un ou deux ans, et c'est cette fenêtre-là, choisie par l'éditeur, qui vous est laissée pour migrer. Notre transporteur, lui, a reçu son courrier en septembre pour une fin de maintenance au 30 juin : neuf mois, dont un été.

Pourquoi on ne peut pas simplement rester

Neuf mois, c'est court, et la première réaction est de se dire qu'on gardera l'ancienne version tant qu'elle tourne. Sauf que trois choses finissent toujours par rattraper une version abandonnée. La sécurité d'abord : une faille découverte après la fin de support reste ouverte, sur une machine qui contient les coordonnées et les factures de tous vos clients. Les formats ensuite : quand la facture électronique devient obligatoire pour votre taille d'entreprise, une version que l'éditeur ne fait plus évoluer ne saura pas la produire. Le matériel enfin : le jour où le serveur lâche, la vieille version ne s'installe pas forcément sur une machine neuve.

Rester est donc un choix possible pour quelques mois, rarement pour quelques années. Du coup, la vraie question n'est pas « faut-il migrer ? ». Elle tient en deux morceaux : combien ça va coûter, et qui a décidé quand.

Les cinq postes d'une migration imposée

Pour répondre au premier morceau, le devis de l'éditeur ne suffit pas, parce qu'il ne chiffre que ce qu'il facture. Une migration coûte à cinq endroits, et quatre d'entre eux se paient en heures de vos équipes, sur aucune facture. Voici les cinq postes, avec les chiffres du transporteur en exemple. Ce sont des hypothèses de cas type : remplacez chacune par la vôtre.PosteComment le calculer
Le transporteur (hypothèses)1. La prestation de migrationJours facturés × prix de la journée, sur le devis de l'éditeur
8 jours × 900 € = 7 200 €2. La reprise des donnéesLignes à vérifier à la main × minutes par ligne × coût horaire
1 200 fiches × 3 min = 60 h × 28 € = 1 680 €3. La double saisie pendant la basculePersonnes × heures par jour × jours où les deux versions tournent × coût horaire
2 × 1 h × 20 jours = 40 h × 28 € = 1 120 €4. La formationUtilisateurs × heures de formation × coût horaire
12 × 4 h = 48 h × 28 € = 1 344 €5. Le ralentissement des premières semainesUtilisateurs × minutes perdues par jour × jours × coût horaire
12 × 15 min × 20 jours = 60 h × 28 € = 1 680 €Total du passage13 024 €

Le coût horaire de 28 euros, justement, ne sort pas d'une étude. C'est le coût pour l'entreprise d'une personne payée 3 000 euros brut par mois : avec un coefficient de 1,40 pour les cotisations patronales, hypothèse courante, elle coûte 4 200 euros, divisés par 151,67 heures, la durée mensuelle d'un temps plein en France. Prenez plutôt le vôtre sur un bulletin de paie, à la ligne « coût total employeur ».

Parmi ces cinq lignes, le poste 2 est celui qu'on sous-estime toujours, et c'est celui qu'on voit le mieux quand on construit des logiciels. En neuf ans, une équipe détourne des champs : la zone « commentaire » de la fiche client porte le numéro du quai de livraison, un tarif particulier vit dans une case prévue pour autre chose. L'outil de migration de l'éditeur recopie les cases, il ne comprend pas ce qu'on y a mis. Chaque ligne détournée se vérifie donc à la main, et personne ne sait combien il y en a avant d'avoir commencé.

La ligne qui manque au devis : ce que coûte la version d'après

Ces 13 024 euros couvrent le passage. Reste ce que coûte la nouvelle version une fois installée, et c'est souvent là que se cache la vraie différence. De plus en plus, la version suivante n'est plus un logiciel acheté une fois avec un contrat de maintenance, mais un logiciel loué en ligne par abonnement, ce qu'on appelle un SaaS. Le prix change alors de forme, et de niveau.

Chez le transporteur, l'ancien contrat de maintenance coûtait 1 800 euros par an. La nouvelle version lui est proposée à 45 euros par utilisateur et par mois, pour douze utilisateurs : 6 480 euros par an. L'écart est de 4 680 euros par an, soit 14 040 euros sur trois ans. Ajoutée au passage, la migration imposée revient donc à 27 064 euros sur trois ans.

Coût cumulé sur trois ans, en euros. Hypothèses : passage à 13 024 €, ancienne maintenance à 1 800 € par an, nouvelle version à 45 € par utilisateur et par mois pour 12 utilisateurs. Fourchette basse assumée.

Et c'est là que le chiffre pique : 27 064 euros d'écart, pour faire exactement ce que l'entreprise faisait déjà. Pas un camion de plus, pas une tournée mieux calculée. La nouvelle version a sans doute des fonctions en plus, et certaines serviront, mais la décision de payer n'a pas été prise pour elles : elle a été prise par un calendrier. Voilà ce que la fin de maintenance a emporté. Pas le logiciel, qui tourne toujours, mais le droit de choisir le moment.

Refait chez vous, le calcul tient en une ligne : jours facturés × prix de la journée, plus les heures internes des postes 2 à 5 × votre coût horaire, plus l'écart de redevance annuelle × 3. Il se fait avec le devis de l'éditeur, un bulletin de paie et une estimation honnête du nombre de fiches à vérifier. La fourchette est volontairement basse : elle ne compte ni les erreurs de facturation des premières semaines, ni le temps du dirigeant, ni un éventuel serveur à remplacer. Ce même total devient ensuite un point de comparaison, le jour où vous vous demandez combien coûte un logiciel sur mesure avec les mêmes hypothèses.

La clause à lire avant de signer, pas le jour du courrier

Ce calcul arrive pourtant toujours trop tard, le jour où le courrier est sur le bureau. Or la seule protection réelle se négocie avant, au moment de signer, et elle tient en quatre lignes du contrat. Elles parlent de durée, de préavis et de prix, pas de technique : n'importe quel dirigeant peut les lire.Ce qu'il faut chercherPourquoi
Ce qu'il faut demander si c'est absentLa durée de maintenance garantie pour la version achetéeSans elle, l'éditeur peut annoncer la fin dès l'année suivante
Une durée écrite, comptée à partir de votre signature et non de la sortie de la versionLe préavis avant une fin de maintenanceNeuf mois dont un été ne suffisent pas à migrer sans casse
Un préavis minimal écrit, assez long pour couvrir un exercice comptable entierCe que couvre la maintenance lors d'un changement de versionSi la migration n'y figure pas, elle se facture à part : c'est le poste 1
Que le passage à la version suivante soit inclus, ou chiffré d'avanceLe tarif après une migration imposéeC'est la ligne qui pèse le plus sur trois ans

Aucune de ces quatre lignes ne coûte quoi que ce soit à demander. Un éditeur sérieux en accepte souvent deux ou trois, et son refus sur les autres vous apprend, avant de signer, qui tiendra le calendrier. Quant au cas inverse, celui où c'est vous qui voulez partir, nous l'avons chiffré à part dans notre article sur le coût de sortie d'un logiciel SaaS.

Ce que ce calcul ne dit pas

Il faut concéder trois choses. La première : une migration n'est pas un mal en soi. Une nouvelle version bouche des failles, suit les obligations légales et apporte parfois exactement la fonction qui manquait. Si elle tombe à un moment qui vous arrange et que le prix d'après reste raisonnable, la bonne réponse est de migrer, sans état d'âme.

La deuxième : ce n'est pas un problème réservé aux petites entreprises. SAP, l'éditeur allemand qui équipe une grande partie des grands groupes, a annoncé en 2020 la fin de la maintenance standard de son ancien logiciel de gestion intégré, ECC, à fin 2027, avec une prolongation payante possible jusqu'en 2030. Un logiciel de gestion intégré, c'est un seul outil pour les achats, les stocks, les ventes et la comptabilité. Ses clients migrent donc à la date qu'il a choisie, avec des budgets sans commune mesure. Le mécanisme est le même à toutes les tailles : c'est l'éditeur qui tient le calendrier.

La troisième nous concerne. Un logiciel écrit pour une entreprise vieillit aussi : les briques sur lesquelles il repose ont leurs propres mises à jour, et il faut les suivre. La différence n'est pas qu'il n'y aurait rien à faire, c'est que le moment se décide avec vous, et que la mise à jour avance par petites étapes plutôt que par une bascule annoncée par courrier. C'est l'un des critères de la comparaison logiciel sur mesure vs SaaS, où le standard reste dans bien des cas la bonne réponse.

Ce qu'on fait, nous

De notre côté, nous construisons un seul et même logiciel, écrit sur la façon de travailler de l'entreprise, sur ses règles et sur ses mots. Dans un logiciel de logistique et de transport construit comme ça, le numéro du quai ne se cache pas dans une case « commentaire » : il a sa propre case, qui s'appelle « quai » parce que c'est le mot de l'équipe, et aucune migration ne viendra la perdre. Il n'y a pas non plus de courrier de fin de maintenance, puisque le calendrier des évolutions se tient avec le client.

C'est aussi ce qui change pour l'IA, puisque tout le monde en vend aujourd'hui. Une IA ne vaut pas ce que vaut son modèle, elle vaut ce qu'elle a le droit de voir. Dans un outil unique, elle voit les tournées, les bons et les factures à jour à la seconde, pas l'export du lundi. Elle parle de quai, de tournée et de bon signé parce que ce sont vos mots. Et elle fait le travail dedans : elle prépare la facture du mois à partir des bons signés et s'arrête avant l'envoi, là où vous avez écrit qu'un humain relit. Posée sur cinq logiciels séparés, dont un que son éditeur s'apprête à abandonner, elle n'a aucune des trois.

Avant de signer un devis de migration, sachez ce que votre organisation actuelle vous coûte chaque mois. Le Marotine le mesure poste par poste, sur vos propres pièces.

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