Logiciel sur mesure11 min de lecture

Demander une évolution à son éditeur de logiciel : ce que les mois d'attente vous coûtent vraiment

Votre éditeur a mis votre demande dans sa file, et quatorze mois plus tard elle y est toujours. Voici les quatre nombres qui chiffrent ce que cette attente vous coûte chaque mois, et où les relever chez vous.

Publié le 29 septembre 2026


« C'est noté, c'est dans la roadmap »

Une entreprise de transport et de logistique, trente-deux personnes, deux entrepôts à quarante kilomètres l'un de l'autre. Elle gère ses tournées dans un logiciel qu'elle loue au mois depuis six ans, et dans l'ensemble elle en est contente. Un matin de février, sa responsable d'exploitation écrit au support pour demander une chose qui paraît minuscule : pouvoir couper un bon de livraison en deux quand la marchandise part des deux entrepôts à la fois. La réponse arrive trois jours plus tard, aimable et rapide : c'est noté, c'est dans la roadmap. Quatorze mois après, ça y est toujours.

Elle ne cherchait pas un devis et elle n'était pas cliente chez nous. Elle racontait ça au détour d'une conversation, comme une contrariété sans importance. C'est en la chiffrant qu'elle est devenue autre chose.

Le mot « roadmap » n'a l'air de rien, et c'est bien le problème. Traduisez-le : c'est la liste des développements que l'éditeur a décidé de faire, dans l'ordre où il a décidé de les faire. Cette liste existe, elle est sérieuse, et elle n'est pas la vôtre. Entre le jour où votre demande y entre et le jour où elle en sort, il se passe quelque chose que personne ne compte. Ce quelque chose se chiffre avec quatre nombres, et vous pouvez tous les relever cette semaine sans sortir de votre bureau.

Ce qui arrive vraiment à votre demande

Avant de compter, il faut savoir où va la demande. Un éditeur vend le même logiciel à des centaines, parfois des milliers d'entreprises. Quand vous écrivez au support, votre demande ne part pas vers un développeur : elle part dans une file, où elle attend d'être arbitrée contre toutes les autres. Trois questions décident de sa place, et aucune des trois ne porte sur votre urgence à vous.

La première : combien de clients demandent exactement la même chose. Une demande portée par trois cents entreprises passe devant une demande portée par une seule, et c'est de l'arithmétique, pas du mépris. La deuxième : combien de jours de développement elle représente. La troisième, la plus décisive : est-ce que cette évolution sert le produit que l'éditeur vend à tous les autres. La règle des deux entrepôts ne sert qu'à cette entreprise de transport, donc elle perd les trois.

Les deux sorties possibles d'une demande d'évolution, et celle qui vous coûte de l'argent.

Le schéma montre ces deux sorties, et c'est la seconde qui nous occupe. Quand la demande ressort avec une version et une date, vous attendez, mais vous savez combien de temps. Quand elle ressort avec « c'est noté » et rien d'autre, vous n'attendez pas vraiment : vous vous débrouillez. Et c'est là, exactement là, que l'argent commence à sortir.

Se débrouiller, c'est ça qui coûte

Se débrouiller, dans cette entreprise de transport, veut dire ceci. Quand un bon de livraison concerne les deux entrepôts, la responsable d'exploitation l'édite quand même d'un seul bloc, le recopie dans un tableur pour en fabriquer un second à la main, ressaisit les références de la partie qui part de l'autre site, puis relit les deux adresses avant d'imprimer. Vingt minutes. Huit fois par semaine, parce que les commandes mixtes sont devenues courantes depuis l'ouverture du second entrepôt.

Ajoutez ce que le tableur ne rattrape pas. Deux fois en quatorze mois, une palette est partie du mauvais entrepôt : un camion en plus, un client prévenu la veille pour le lendemain. Ces deux incidents ne figurent dans aucun tableau de bord, parce qu'ils ont été réglés le jour même, au téléphone, par quelqu'un qui a bien fait son travail.

Et voilà où passe l'argent. Pas dans l'abonnement, qui n'a pas bougé d'un euro. Dans les minutes, toutes les semaines, depuis quatorze mois.

Les quatre nombres à relever chez vous

Ces minutes se comptent, et le relevé prend une demi-heure. Quatre nombres suffisent.Le nombreCe qu'il mesure
Où vous le trouvezTLes minutes que prend le contournement, une fois
Chronométrez-le trois fois et gardez la valeur du milieuFLe nombre de fois par semaine
Demandez à la personne qui le fait, pas à son responsableCLe coût horaire employeur de cette personne
La ligne « coût total employeur » de son bulletin de paie, divisée par 151,67DLe nombre de mois écoulés depuis la demande

La formule tient sur une ligne : (T ÷ 60) × F × 4,33 × C × D. Le 4,33 est le nombre de semaines dans un mois, cinquante-deux divisées par douze. Le 151,67 est la durée mensuelle d'un temps plein en France, trente-cinq heures par semaine ramenées au mois.

Un mot sur C, parce que c'est le nombre que tout le monde sous-estime. Ce n'est ni le salaire net ni le brut : c'est ce que la personne coûte à l'entreprise, cotisations patronales comprises. Ces cotisations pèsent en moyenne 25 à 42 % du brut selon le profil du salarié, la taille de l'entreprise et les allègements applicables, d'après la fiche pratique de Payfit mise à jour le 14 janvier 2026 ; le détail des taux au 1er janvier 2026 publié par la CCI Paris Île-de-France donne un ordre de grandeur cohérent une fois les allègements mis de côté. Les deux sources ne visent pas la même chose, l'une donne une moyenne constatée et l'autre une somme de taux avant réduction, donc ne les additionnez pas. Vous n'avez de toute façon pas à trancher : le montant exact figure sur le bulletin de paie de la personne concernée. Prenez le vôtre, pas la moyenne.

Reprenons l'entreprise de transport avec ses chiffres à elle. T = 20 minutes. F = 8 fois par semaine. La responsable d'exploitation est payée 2 400 euros brut ; avec un coefficient de 1,32, elle coûte 3 168 euros par mois, soit 20,90 euros de l'heure, arrondis à 21. D = 14 mois. Le calcul donne (20 ÷ 60) × 8 × 4,33 × 21 = 243 euros par mois, et 3 400 euros sur les quatorze mois écoulés. Pour une case à cocher.

Ce que ça donne si l'attente continue

3 400 euros ne renversent pas une entreprise, et il faut le dire comme ça. Ce qui compte, c'est que le compteur ne s'arrête pas, et qu'une demande en attente est rarement seule. Celle-ci en a trois : le bon de livraison coupé en deux, un champ de commentaire qui n'apparaît pas sur le bordereau du chauffeur, et un export comptable qu'il faut retrier à la main tous les mois.

Coût cumulé des contournements, en euros, dans une PME de trente-deux personnes. Hypothèses par demande : 20 minutes, 8 fois par semaine, 21 euros de l'heure.

Lisez la deuxième série à vingt-quatre mois : dix-sept mille cinq cents euros, et c'est une fourchette basse assumée. Elle ne compte ni les deux palettes parties au mauvais endroit, ni le temps du dirigeant passé à relancer le support, ni ce que l'entreprise n'a pas tenté parce que l'outil ne savait pas le faire. Elle ne compte que des minutes chronométrables, sur trois demandes, faites par une seule personne.

Votre éditeur n'a pas tort, et c'est ça qu'il faut comprendre

Reste que cette file d'attente n'est pas un dysfonctionnement : c'est le modèle lui-même, et il faut lui rendre justice. Si votre abonnement coûte quelques centaines d'euros par mois au lieu de plusieurs dizaines de milliers en une fois, c'est précisément parce que le développement est partagé entre tous les clients. Le jour où l'éditeur accepte la demande d'un seul, il la fait payer à tous les autres. Son arbitrage est rationnel, et sur la plus grande partie de votre activité il joue en votre faveur : la paie, la comptabilité et la messagerie n'ont aucune raison d'être écrites pour vous, et payer du sur mesure là-dessus serait une faute.

La vraie question est donc beaucoup plus étroite que « standard ou sur mesure » : sur quelle part de votre activité êtes-vous réellement différent de vos concurrents ? Cette part-là, personne ne la mutualisera jamais pour vous, et c'est exactement celle que la file d'attente n'atteint jamais. Nous avons détaillé où passe cette frontière dans notre comparaison entre un logiciel sur mesure et un SaaS, y compris les cas où le standard reste le bon choix.

Quand l'attente devient le choix cher

Puisque l'attente a un prix, l'autre branche du calcul mérite d'être posée. Faire écrire la règle des deux entrepôts dans votre propre outil se paie une fois ; l'attendre se paie tous les mois. Nous ne publions pas de grille tarifaire, parce qu'un chiffrage posé avant toute mesure ne vaut rien, mais les ordres de grandeur et la méthode sont sur notre page consacrée au prix d'un logiciel sur mesure. La règle d'arbitrage tient en une phrase : tant que le coût annuel de vos contournements reste très inférieur au coût d'un développement, attendez ; le jour où il s'en approche, c'est l'attente qui est devenue l'option chère.

Quatre questions, trois avant de signer et une pour ce soir

  • Avant de signer : l'éditeur s'engage-t-il sur un délai d'étude de vos demandes, ou seulement sur un accusé de réception ? Les deux se ressemblent beaucoup dans un contrat, et ils n'ont rien à voir.
  • Avant de signer : un développement spécifique est-il possible, à quel tarif par jour, et qui le maintient quand l'éditeur met son produit à jour ? Un spécifique que chaque mise à jour casse est une dépense qui revient, déguisée en dépense unique.
  • Avant de signer : sous quel délai et dans quel format récupérez-vous vos données le jour où vous partez ? Nous avons détaillé les clauses à lire dans notre article sur la récupération de ses données en quittant un logiciel SaaS.
  • Pour ce soir : combien de demandes attendent chez vos éditeurs, et depuis quand ? Si personne chez vous ne sait répondre, c'est déjà une réponse.

Ce qu'on fait, nous

Nous construisons un seul et même logiciel, écrit sur la manière de travailler de l'entreprise, sur ses règles et sur ses mots. Dans un logiciel de transport et de logistique construit comme ça, couper un bon de livraison en deux n'est pas une évolution qu'on demande : c'est une ligne du cahier des charges, décidée le premier jour et livrée avec le reste.

C'est aussi ce qui change pour l'IA, puisque tout le monde en vend aujourd'hui. Une IA ne vaut pas ce que vaut son modèle, elle vaut ce qu'elle a le droit de voir. Dans un outil unique, elle lit des données à jour à la seconde et non l'export du lundi, elle appelle un entrepôt un entrepôt parce que c'est votre mot, et elle fait le travail dedans : elle prépare le bon coupé en deux et s'arrête juste avant l'impression, là où vous avez écrit qu'un humain regarde. Posée sur six abonnements qui ne se parlent pas, elle n'a aucune des trois.

Vos contournements ont un prix, et il se mesure poste par poste, sur pièces, en une heure. Le Marotine vous dit ce que votre organisation actuelle laisse filer chaque mois, avant toute proposition.

Échange sans engagement. Réponse sous 48h ouvrées.

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